Actions de la vie quotidienne et Alzeihmer | CogniScienceS
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Réalisation d’actions de la vie quotidienne chez les patients atteints de pathologies neurodégénératives

Auteur :

Jonathan Fortier

Doctorant à l’Université d’Angers
LUNAM Université, Laboratoire de Psychologie des Pays de la Loire (LPPL), EA 4638, Université d’Angers, France
j.fortier@live.fr

Il nous est déjà tous arrivé d’avoir l’impression de ne pas réussir à faire une action que l’on a déjà réalisée des dizaines, voire des centaines de fois.

Par exemple, pour faire la vaisselle nous oublions de boucher l’évier, puis plus tard nous oublions le produit vaisselle. Du moment que ces erreurs restent isolées dans le temps, il n’y a aucune raison de s’inquiéter, de plus elles peuvent très bien s’expliquer par une fatigue passagère ou une distractibilité due à un événement particulier. Le problème peut survenir quand ces erreurs ne sont plus sporadiques mais deviennent omniprésentes, ce qui est le cas dans certaines maladies, et particulièrement dans les pathologies neurodégénératives. Bien souvent, plus la maladie avance, plus les personnes atteintes de pathologies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, maladie d’Huntington, démence fronto-temporale…) ont du mal à réaliser des actions de la vie quotidienne se passant dans un contexte social ou dans un contexte non social.

Certains auteurs ont cherché à comprendre comment notre cerveau organisait ces activités sur-apprises, que nous effectuons « machinalement ». C’est notamment le cas de Grafman qui a développé le modèle (1989,1999)

selon lequel tous nos comportements seraient gouvernés par des unités de connaissances appelées Managerial Knowledge Unit (MKU). schéma mental d’actions, ou un script d’actions, de connaissances disposeraient à la fois d’une information de type sémantique, comme par exemple savoir qu’il faut mettre du produit vaisselle dans l’eau, et à la fois d’informations boucher l’évier avant de le remplir d’eau. Toujours dans son modèle, Grafman sépare les MKU en deux dimensions : les MKU pour les comportements non sociaux (faire une lessive, faire un sandwich…) et les MKU pour les comportements sociaux (aller au cinéma avec des amis, aller chez le médecin…). De nombreuses recherches en psychologie cognitive et en neuropsychologie (Sirigu, 1995 ; Allain, 2008) se sont alors intéressées à la façon dont ces scripts pouvaient être atteints chez des patients, et donc de la vie quotidienne. Ces troubles des scripts sont classiquement évalués à l’aide d’un test composé de cartes en papier sur lesquelles sont écrites des actions. Le but des participants est d’organiser les cartes d’actions présentes devant lui en scripts. Par exemple pour réaliser le script « aller chez le médecin » le sujet va devoir mettre ensemble (entre autres) les cartes : « prendre rendez-vous », « se présenter à la secrétaire », « expliquer ses symptômes »… Puis, une fois toutes ces cartes mises ensemble dans un script, le sujet devra les trier par ordre temporel d’exécution. En comparant des patients atteints de lésions focales frontales ou temporales et des participants contrôles, la majeure partie des études citées précédemment s’accorde sur deux faits : les lobes frontaux sont impliqués dans le traitement syntaxique des scripts et les lobes temporaux sont impliqués dans la connaissance sémantique des scripts. En d’autres termes, de retrouver les actions à effectuer et ensuite nous aurions besoin de notre lobe frontal (et quel ordre effectuer les actions. Ces découvertes ont donc questionné les chercheurs sur les liens potentiels entre ces mécanismes cognitifs et certains troubles neuropsychologiques observés dans des pathologies neurologiques impliquant ces régions cérébrales.

Deux maladies semblent alors parfaitement correspondre à cette atteinte soit frontale soit temporale : la démence de type Alzheimer (DTA) et la variante frontale de la démence fronto-temporale (vfDFT). La vfDFT est une pathologie neurodégénérative se déclarant insidieusement avec une évolution lente mais progressive. Elle provoque une perte de matière grise, principalement dans les lobes frontaux : régions orbitales (BA 10, 11, 47), médiales et dorsolatérales (BA8, 9, 46), puis une perte de matière grise dans les lobes temporaux.

Cette attaque des lobes frontaux a pour conséquence un changement dans les conduites sociales et interpersonnelles, aussi bien dans la sphère privée (amis, famille) que dans la sphère publique (travail, équipe médicale). A l’inverse, la maladie d’Alzheimer ou démence de type Alzheimer (DTA) est une pathologie présentant une atteinte hippocampique dans les premières phases de la maladie, avant de s’étendre ensuite à l’ensemble du cortex cérébral. Aujourd’hui, les études s’accordent sur le fait qu’elle est principalement due à deux mécanismes : une accumulation de protéines beta amyloïdes provoquant l’apparition de plaques amyloïdes, phosphorylation de la protéine tau.

A ce jour, peu de recherches ont tenté d’explorer les troubles des scripts/MKU dans ces pathologies neurodégénératives. Or ces patients ont d’importants troubles d’organisation des actions et d’interaction. Dans la vfDFT il semble que les interactions avec d’autres personnes soient principalement atteintes alors que dans la DTA les actions non sociales sembleraient atteintes dans les premières phases de la maladie. Il semble donc que cette dissociation des atteintes pourrait représenter la dichotomie de Grafman (1989,1999) entre les MKU sociaux et les MKU non sociaux. Pourtant, ceci n’a fait l’objet d’aucune publication récente. Nous essayons actuellement de tester expérimentalement cette dissociation. Pour cela nous utilisons de courtes vidéos d’actions de la vie quotidienne, certaines dans un contexte social (aller chez le médecin, aller chez le coiffeur) et d’autres dans un contexte non social (faire un sandwich, faire la vaisselle). Nous utilisons également des mesures de cognition sociale potentielle des troubles des MKU sociaux dans la vfDFT. Selon nos hypothèses, les patients des MKU pour les comportements non sociaux en opposition aux patients atteints de vfDFT qui les comportements sociaux. Les patients DTA sémantique des scripts. Dans leur rapport aux autres, ils ne devraient pas présenter de troubles d’empathie, mais présenter des troubles de théories de l’esprit pour les tâches de 2nd ordre. Du fait d’un dysfonctionnement des MKU non sociaux, un contexte non social devrait entrainer plus d’erreurs dans toutes les tâches concernant les scripts dans un contexte social. Les patients dimension syntaxique des scripts sans altération de la dimension sémantique. Une tâche dans un contexte social devrait être moins bien réalisée que dans un contexte non social. Ils devraient également présenter des troubles de TOM de 1er et 2nd ordre ainsi que des troubles d’empathie. Du fait d’un dysfonctionnement des MKU sociaux, le contexte social devrait entrainer plus d’erreurs dans toutes les tâches de scripts en contexte social.

Pour conclure, aucun traitement n’existant à ce jour, l’amélioration de la prise en charge des patients atteints de pathologies neurodégénératives nous semble primordiale. Pour cela, une meilleure compréhension des mécanismes sous-tendant les activités de la une autonomie aussi longue que possible à ces patients. Si nos expériences tendent à montrer une altération des MKU sociaux chez les patients atteints de vfDFT et des MKU non sociaux chez les patients DTA, il serait possible d’envisager une rééducation prenant en compte ces aspects précis. Un travail serait alors stratégies de compensation pour des activités une autonomie aussi longue que possible. Cependant, tout cela restant parfaitement hypothétique, nous espérons pouvoir vous apporter des réponses plus concrètes à ces questions dans un prochain numéro.

Référence :

1. Allain, P., Le Gall, D., Foucher, C., Etcharry- Bouyx, F., Barré, J., Dubas, F., &Berrut, G. (2008). Script representation in patients with Alzheimer’s disease.Cortex, 44(3), 294-304.

2. Grafman, J. (1989). Plans, actions and mental sets: Managerial knowledge units in the frontal lobes. In Perecman, E. (Ed.). Integrating Theory and Practice in Clinical Neuropsychology (pp. 93-138). Hillsdale (NJ) : Lawrence Erlbaum Associates.

3. Grafman, J. (1999). Experimental assessment of adult frontal lobe function. In Miller, B.L., & Cummings, J.L. (Eds.). The Human Frontal Lobes (pp. 321-344). New York : The Guilford Press.

4. Sirigu, A., Zalla, T., Pillon, B., Grafman, J., Agid, Y., & Dubois, B. (1995). Selective impairments in managerial knowledge following pre-frontal cortex damage. Cortex, 31(2), 301-316.

 

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