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Quand l’IA vient à l’objet

Auteur :

White Rabbit

Ce n’est pas à l’apparition de réseaux sensoriels immersifs de réalité virtuelle décrits dans les romans d’anticipation cyberpunks que nous allons assister ces prochaines années, mais bien à une incursion de l’univers numérique dans le réel. C’est en tout cas ce que prédit Dominique Sciamma, directeur du développement et de la recherche de l’école de design industriel Strate College. Le monde tangible1 ne sera pas projeté et reproduit dans son intégralité dans l’univers numérique comme certains l’imaginaient. Nous allons plutôt assister au phénomène inverse : c’est le monde numérique qui va investir, submerger notre réalité. Le passage d’un environnement composé d’objets définis par leurs fonctionnalités à un environnement d’objets définis par leur comportement va renouveler notre perception du réel. La vie que nous avons patiemment, siècle après siècle, chassée de notre logis va se réintroduire dans notre quotidien via des objets de plus en plus autonomes, pensants, agissants et prenant des décisions. Et cette révolution douce, qui se produit sous nos yeux inattentifs, est une aubaine pour les designers ! En effet, loin d’être l’archétype du créatif négligé que l’on s’imagine (comme dans le film 99 Francs), le designer s’intéresse aux fonctionnalités et à l’usage des objets qu’il conçoit. Son rôle se trouve au cœur de la conception, aux côtés de l’ingénieur et du commercial. Le monde que Dominique Sciamma nous propose est un monde où l’intelligence artificielle est présente dans tous les objets de notre vie quotidienne. Dans cet univers, nous ne nous servons plus des objets, ce sont eux qui nous servent. Après être passés du design d’objets statiques (voir le célèbre presse-orange de Philippe Starck) au design d’objets dynamiques ou interactifs (on évitera de trop s’étendre sur Apple), les designers vont donc être confrontés à un tout nouveau défi : designer des objets cognitifs, designer des comportements, designer une nouvelle forme de vie ! Cependant, un certain nombre de limitations techniques nous séparent encore de cet univers « multi-agents ». Parmi celles-ci, nous pouvons citer l’intelligence artificielle. Jusqu’à présent, nous arrivons seulement à concevoir des intelligences pour des tâches spécifiques. Ultraspécialisées, à l’image des ingénieurs d’aujourd’hui, les intelligences artificielles comme Deep Blue (qui a battu le champion du monde d’échecs Garry Kasparov) ou Watson (qui a remporté le jeu télévisé américain Jeopardy!) sont incapables de faire un café ou de répondre à nos mails ! Peut-être que notre erreur se situe justement dans notre volonté de toujours concevoir et maîtriser les systèmes… Une piste à creuser pourrait être celle de l’auto-organisation, qui permet une grande flexibilité et robustesse. C’est en tout cas la solution qu’a adoptée la nature…

1. « Ma main se sent touchée aussi bien qu’elle touche ; réel veut dire cela, et rien de plus. » Paul Valéry, Mon Faust, Œuvres Pléiade, Tome 2.

 

Le mot de Dominique Sciamma : « En s’intégrant au cœur même des objets, les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) ouvrent des potentialités qui confinent presque à la magie. C’est paradoxalement une occasion unique d’imaginer des usages nouveaux et étonnants, sans se préoccuper du « comment faire » mais uniquement du « quoi faire ». Il nous faut la saisir ! »

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